Non j'assume pas. D'être où je suis, de ne plus rien voir en moi. Le vide, résonnant, tremblant. Tellement frêle que je n'ose presque plus respirer, aspirer dans cette laideur atroce. J'assume pas d'être comme-ci, d'être comme ça. Parfois j'voudrais juste m'arrêter là. Je suis seulement la scène creuse d'un mauvais film, le truc dont on ne se souvient pas à la fin, l'erreur, la longueur. La bizarrerie dont tout le monde se demande l'origine, le machin pas net et pas bien intéressant. La girouette qui tourne si vite avec le vent soufflant qu'on s'demande à quoi elle peut bien ressembler, et qu'on se lasse de regarder à force d'attendre son arrêt. Alors on part, on la laisse tourner, la pauvre mécanique. Pourquoi attendre ? Pourquoi attendre... Pourquoi ne pas monter soi-même l'arrêter, cette girouette trop fière et trop inquiète ? Parce qu'elle n'semble pas le demander. Pas au point de dire qu'elle s'y plaît, mais assez pour dire qu'elle semble, après tout, heureuse de son tournis, et de son vertige nauséeux. Il n'aurait pourtant pas suffit d'grand chose. Quatre notes sur un piano, une poignée d'herbe fraîche lancée de manière aussi hasardeuse qu'un sort mal maîtrisé. Mais personne est foutu de l'aider, cette stupide invention à la noix. Comme si elle n'avait pas été voulu. Et à force de la laisser croire n'importe quoi, elle croit n'importe quoi. Elle boit la tasse, coule, et se meurt dans une vaste flaque d'eau.
Et puis non, j'assume pas, mais j'parle en "je" quand même parce que j'en ai marre de m'embourber. D'couler face aux situations décevantes et tomber la gueule la première dans un tourbillon de malheur. D'craquer à en vomir devant un Clint Eastwood, cette honte, ce malaise, que je n'avais encore jamais ressenti. M'échapper le cerveau dans un univers psychédélique pour réussir à perdre totalement le contrôle. Retourner à mes mauvais souvenirs, me surprenant même à les regretter. Avoir des mauvais projets dans le seul but de retrouver une liberté que je n'ai plus. Ces angoisses maladives, ces peurs imprévisibles, ces gens qui me font peur, cette confiance qui disparaît, ce cercle que je n'arrive pas à arrêter...
Je n'arrive plus. Je n'arrive plus. Je ne gère plus rien, et même j'n'arrive plus à me faire gérer.
J'ai la tête qui tourne beaucoup trop.